tramlabulle

Imbroglio, un spectacle perpétuel à entrée permanente, d'après la BD de Lewis Trondheim

cryptozoologie Samedi à 14h et 17h
Dimanche à 11h à 15h
Entrée libre – collecte

Lewis Trondheim, dessinateur et scénariste, est connu pour son travail original, prolifique et hilarant. Sa BD Imbroglio éditée en 1992 est un pur condensé de BD alternative: vingt-deux pages, un format miniature, trois personnages dans un salon bourgeois, une longue série de brusques retournements de situation, des tentatives de meurtre qui se succèdent au fur et à mesure que les alliances changent et une confusion vertigineuse. Autant d'éléments qui rendent Imbroglio à la fois simplissime et presque impossible à résumer.

Le vieux Philips est mort trois mois auparavant, laissant sa société aux mains de ses successeurs: Charles, Mylène et Peter. Imbroglio détaille la courte soirée au cours de laquelle ces trois dirigeants sans scrupules règlent leurs comptes. Qui a falsifié le registre comptable? Qui veut s'emparer de la société? Qui est prêt à aller jusqu'au meurtre? Quand les masques tombent, parfois ils se relèvent…

Lewis Trondheim
Dans Imbroglio, Trondheim s'écarte de l'itération iconique (Moins d'un quart de seconde pour vivre, Le dormeur) et va totalement à l'encontre de l'album-infini (Lapinot et les carottes de Patagonie) ou de la série fleuve (Donjon). Ici, la contrainte pourrait être définie de la manière suivante: raconter un scénario des plus complexes dans la BD la plus courte possible. Et ne pas oublier de déconner. Et en effet, Trondheim se moque de la brièveté de l'histoire qu'il est contraint de raconter dans un si petit espace. Il multiplie les rebondissements et les retournements de situation alors que toute l'histoire se situe dans une pièce fermée d'un appartement bourgeois. Cette unité de temps et de lieu, avec le trio homme – femme – associé/amant, renforce l'impression d'une pièce de théâtre de boulevard en accéléré où le coup de théâtre est roi et où le spectateur est perdu, promené.

D'autre part, il s'essaie au difficile exercice de construire tout un scénario en exploitant l'outil narratif du retournement de situation jusqu'à son paroxysme, au point d'en faire même le seul élément du récit. En une sorte d'énumération de plus en plus rapide, le lecteur est donc emmené d'un rebondissement à l'autre, tandis que les plans des trois personnages deviennent toujours plus diaboliques et complexes. Dans cet imbroglio qui paraît sans fin, le dernier retournement interrompt enfin la spirale, mais sans réussir à éclaircir la confusion des pages précédentes.

Reconnu pour la qualité de ses scénarios, Trondheim fait ici preuve d'une maîtrise remarquable dans le travail d'écriture sous contrainte, et d'un humour joyeux et absurde.

De la bande dessinée à la scène
Qu'est-ce qu'un imbroglio, au juste? « Une embrouille, une situation extrêmement compliquée ». Mais c'est aussi, et surtout, un mot de théâtre. En effet, il est « employé en priorité pour désigner certaines pièces de théâtre dont l'intrigue est d'une particulière complexité ». Voilà donc un premier point de contact entre la scène et la BD de Lewis Trondheim: celle-ci fonctionne sur un procédé théâtral qui est avoué jusque dans le titre.


De plus, l'humour décapant de Trondheim est un matériau de premier choix. Un appel au rire, au plaisir de jouer et de regarder, une main tendue pour un théâtre accessible et festif, mais néanmoins rigoureux.

Une BD, donc, qui semble jouer avec les codes du théâtre tout en s'en moquant… Autant dire une vraie invitation pour une troupe de jeunes comédien-ne-s passionné-e-s par le neuvième art.

la Balibaloo Compagnie
Arrivé-e-s ensembles au terme de leur formation artistique, quelques comédiens choisissent de créer leur propre compagnie. La « Balibaloo Compagnie ». Des affinités créatives, une forte complémentarité et surtout beaucoup d'envie motivent ces premiers pas. Les comédiens se dirigent vers un théâtre de troupe, qui puisse offrir un regard complet sur tout le processus de création d'un projet, de A à Z. La pratique d'un théâtre qui puisse toucher tout le monde, être accessible, de bonne qualité sans devenir élitaire. Sortir le théâtre du théâtre, travailler sur un objet qui ne soit pas forcément issu de là. Enfin, amener le théâtre vers les gens pour réussir à leur faire oublier qu'ils sont au théâtre.

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